EVANGILE SAINT BARNABE SENS DU MONDE

L’Evangile selon Barnabé : des révélations comparables au Coran ?

Pour ce point d'étude, je me suis appuyé sur l’Evangile de Barnabé par Luigi Cirillo et Michel Frémaux (tiré de la traduction anglaise de 1907 par Mr et Mrs Ragg) ainsi que sur les extraits du cours du Chapitre CCXV(215) au Chapitre fin CCXXII(222) issus de cet évangile relatant les derniers jours « spectaculaires » de Jésus. Comme le sujet m’intéressait, j’ai lu l’évangile dit de Barnabé ainsi que les introductions et les traductions de Tahir de la Nive et de Djamil Cherifi que je vous ferai part en termes d’informations historiques. Mon travail relèvera de la dite copie qui date de la deuxième partie du XVIe siècle (vers 1580).

SENSDUMONDE

Je précise que c'est un point de vue très personnel.

L’auteur de l’évangile se présente comme Barnabé, un apôtre de confession chrétienne mais hérétique et qui éveille bien des soupçons par sa marginalisation en reniant les postulats fondateurs du christianisme. Alors, apocryphe ou pas ? Pseudépigraphe (un texte faussement attribué à un auteur qui ne l'a pas écrit) ou écrit par Barnabé même ? Un évangile, signé de Barnabé, était connu de la hiérarchie ecclésiastique depuis longtemps, puisque nous le trouvons mentionné et proscrit par plusieurs décrets dont les premiers remontent au IVe siècle antérieure à 478, année où furent découverts les restes du saint (Barnabé a vécu au même siècle que Jésus et l'aurait rencontré, il est écrit dans cet évangile), accompagnés d’une copie de l’Evangile qui porte son nom. Comme c’est une copie, l’original pourrait être rédigé dès le premier siècle. Mais voilà qu'une traduction italienne associée à l'évangile de Barnabé aurait été retrouvée au XVI siècle dans la bibliothèque du Pape Sixte V, cet exemplaire original, mis sous scellés, se trouve maintenant en Autriche, dans la bibliothèque nationale de Vienne et aurait été rédigé au Moyen-Age entre le XIVe et le XVIe siècle, c'est à dire entre 600 et 900 ans après le début de l’Islam. Malgré sa datation, cet évangile serait-il inspiré du tout premier ? Pour Louis Massignon, l’auteur de cet évangile est un renégat et non pas un musulman d’origine, de plus, c’est un apocryphe parmi les autres. Il semblerait, qu’au fil des siècles, il existerait des versions non communes aux unes et aux autres mais attribuées au titre de « l’Evangile de Barnabé ».

La polémique : un évangile apocryphe dit du Saint Barnabé est exhumé et défraye la chronique dans les communautés scientifiques et religieuses car on y trouve les symboles du Christianisme détournés au bénéfice de l'Islam plongeant, par conséquent, le Christianisme dans un état de suspicions. Un évangile islamisé en langue araméenne, spoliant plus de 2000 ans d’histoire judéo-chrétienne parce qu’il remet en cause la crucifixion, la résurrection et la nature Divine même de Jésus (anti-trinitaire) et annoncerait l’avènement de Mohammed dans l’Islam. D’après les cours suivis, je peux dire que cet évangile dit « chrétien » présente un Jésus proche du Coran mais qu'il est d’une profanation profonde pour les catholiques qui, eux, appliquent leur foi, entre autres, sur les principes des évangiles canoniques. Intéressons nous sur les dernières heures de Jésus dans cette version : Jésus a t-il été épargné de la crucifixion, de la mort et a t-il annoncé l’hégire de Mahomet dans cet évangile ?

A mon sens, l'auteur, un original syncrétiste, dépeint un Jésus « bi-religieux : chrétien-musulman » qui relève de l’invraisemblance !...Dans cet évangile, il est dit « Alors, l'admirable Dieu agit admirablement : Judas Iscariote devint si semblable à Jésus par son langage et dans son visage que nous crûmes que c'était Jésus. » (Chapitre 216) – Brièvement, Jésus échappa à la crucifixion grâce à Dieu qui ordonna aux anges Gabriel, Michel, Raphaël et Uriel (ses favoris) d’enlever Jésus de ce monde pour l’emporter et le mettre au 3E ciel (Chapitre 215). Et c’est judas, le traite, qui a été crucifié à sa place sans savoir qu’il était dans l’enveloppe charnelle de Jésus essayant en vain de prouver aux onze (apôtres) et pendant son procès qui il était vraiment, « Je vous ai dit que je suis Judas Iscariote qui vous ai promis de livrer Jésus de Nazareth entre vos mains, mais vous, je ne sais par quel artifice vous êtes sortis de vous-mêmes ! Vous voulez à tout prix que je sois Jésus ! » Même Marie voyait en Judas son propre fils et avait de la peine à en mourir. Judas, sans relâche, fut emmené sur ordre du pontife au mont Calvaire où on suspendait les malfaiteurs, « Là, ils le crucifièrent nu pour que la moquerie fut plus grande. Judas ne faisait vraiment rien d'autre que crier : « Dieu pourquoi m'as-tu abandonné car le malfaiteur a fui et moi je suis tué à tort ? » Des paroles surréalistes venant de Judas mais tous crurent, même les disciples, à la mort de Jésus, d’autres étaient déçus et pensaient que Jésus était un fabulateur car il avait dit qu’il ne mourrait qu’aux approches de la fin du monde et qu’à ce moment là, il serait enlevé du monde. Le corps de Judas qui ressemblait à celui de Jésus fut enseveli dans le monument neuf de Joseph par Nicodème et Joseph d’Arimathie (Chapitre 217). Jean et son frère Jacques se rendirent à Nazareth avec la mère de Jésus, d’autres fidèles ancrés dans leur foi subtilisèrent le corps de Judas pensant que c’était celui de Jésus pour faire croire à une résurrection ce qui provoqua une insurrection que le pontife réprima en interdisant à qui conque de parler sur le sujet sous peine d’anathème et de persécution. « La nouvelle parvient à Nazareth que Jésus, leur concitoyen, mort sur la croix, était ressuscité. Alors celui qui écrit pria la mère de Jésus de bien vouloir quitter son deuil puisque son fils était ressuscité. » En l'entendant, la Vierge Marie dit en pleurant : «Allons à Jérusalem trouver mon fils, car je mourrais volontiers quand je l'aurai vu ! » (Chapitre 218) Dans son désespoir, Jésus, empathique, eut pitié d’elle « Jésus pria Dieu de lui donner le pouvoir de voir sa mère ainsi que ses compagnons. Dieu, miséricordieux, ordonna alors à ses quatre anges de conduire Jésus chez sa mère et de l'y garder pendant trois jours de suite, ne le laissant voir qu'à ceux qui croyaient à sa doctrine. Evidemment, sa mère choquée lui demanda des explications sur une telle mort indigne à son statut et Jésus dû se confesser tout devant ses aimés. Je constate que dans cet évangile, il est dit curieusement : « Environné de splendeur, Jésus vint où la Vierge Marie demeurait avec ses deux soeurs ainsi qu'avec Marthe, Marie-Madeleine, Lazare, celui qui écrit et Jean, Jacques et Pierre. » Alors que Marie n'a de sœurs, ni dans le Coran et ni dans la Bible (Chapitre 219). Étonnamment, Jésus répondit à Barnabé sur la souffrance qu'il a causé aux fidèles et sur sa fuite : « Barnabé, crois-moi, Dieu punit tout péché, pour petit qu'il soit, par une grande peine, car il est offensé par le péché. Aussi, comme ma mère, mes fidèles et mes disciples m'aimaient un peu d'amour terrestre, le Dieu juste a voulu punir cet amour par la douleur présente, pour qu'il ne soit pas puni dans les flammes de l'enfer. ». Jésus termina en apothéose tout en annonçant la venue de Muhammad, le messager de Dieu (Chapitre 220) et en soulignant à Barnabé d'être fidèle dans la retranscription de ses mémoires et de les compléter, si besoin, auprès de Jean et de Pierre. Le troisième jour, Jésus dit : « Allez avec ma mère au mont des Oliviers ; c'est de là que je (re)monterai au ciel et vous verrez qui m'emportera au ciel.» Sur place, Jésus fît un sermon des plus surprenants en réprimant ceux qui le croyaient mort et ressuscité : « Nous prenez-vous donc, moi et Dieu, pour des menteurs ? Dieu m'a donné de vivre jusqu'aux approches de la fin du monde comme je vous l'ai dit. Je vous le dis, je ne suis pas mort ; c'est le traître Judas qui est mort. Prenez garde, Satan fera tout pour vous tromper ! Efforcez-vous donc d'être mes témoins partout en Israël et dans le monde entier, témoins de ce que vous avez entendu et vu ! ». Jésus termina, avant de s’élever par les quatre anges, par une simple bénédiction solennelle. Pour conclure, l'auteur, se donne, avec les siens, la mission de prêcher pour sauver les âmes, «  Amen ! » / Fin de l’évangile (Chapitre 221-222).

Pourquoi cette mystification emprunt du Coran et d'une écriture loufoque digne d'une pièce de théâtre médiévale sans crédibilité avec anachronisme, et j'en passe ? D’après le cours, les Morisques (1492-1640) sont les derniers musulmans de l’Espagne, après la Reconquista et pendant l’Inquisition, ils étaient convertis de force au christianisme par les rois catholiques. Ce manuscrit aurait pu être écrit par le peuple Morisque pour concilier leur propre religion avec celle qui leur a été imposée. Et celui-ci devenait donc leur évangile métamorphosé avec les fondations de l’Islam ou encore un outil de propagande historique et prosélytique pour certains chrétiens crédules. En attendant, demeure, quelque part, l'Evangile apocryphe de Barnabé, qui traduit sa vérité ...

Voilà déjà à savoir...

L.A.D